dimanche 3 juin 2007

J'aimerais que tu prennes le temps de lire cela / Parce que je m'ennuie de nous.

Laurence,

Je pourrais t'appeller, te raconter qu'il y a un nouveau mec avec nous à la natation, une vraie beauté, et on passerait l'après-midi à rigoler, toi qui me dis que c'est tellement pas mon genre, moi qui stresse à cause de l'exam de sciences tech. On ferait comme si tout était comme avant, peut-être même que j'arriverais à un peu tout oublier - si seulement c'était possible...
Mais non.
Parce que rien ne va plus. J'ai l'impression d'être tiraillée en deux, comme ça. Écartelée entre la ville et la campagne; entre des amis tellement différents. Je ne te reproche pas quoi que ce soit, pas du tout, en fait, je me dis que c'est plutôt de ma faute.
Tu es trop loin, moi aussi, pas physiquement mais plutôt psychologiquement. On devient différentes. Des filles différentes avec des intérêts différents. Tu ne me comprends pas et je ne veux pas que tu me comprenne, je ne l'espère pas, tu ne peux tout simplement pas. Je comprends les limites du possible et je les respecte, c'est mieux comme ça. Tu vois, tu m'as toujours dit que c'était dur de vieillir, de maturer, que personne ne te comprenait jamais; je ne suis pas d'accord du tout. Je comprends mieux maintenant. Je sais ce qu'on traîne depuis tellement longtemps.
J'ai l'impression que la vie, c'est comme une grande pièce pleine de trucs. Si tu entretiens certaines choses - des amitiés, des amours, des relations -, elles durent, mais il est impossible de tout entretenir, la pièce est bien trop grande. Alors tu laisses certains trucs s'empoussiérer, et se désagréger. Certaines relations traînent là depuis tellement longtemps que tu dois faire un choix : les dépoussiérer, réparer les failles, là où elles sont abîmées, ou les jeter, t'en débarasser.
Je ne veux pas me débarasser de nous. Je veux nous réparer. Je n'espère pas que tout redevienne comme avant, malgré tout, certaines cicatrices sont impossibles à effacer, c'est mieux comme ça, on doit se souvenir de ses erreurs et en tenir compte, c'est très important. Je pense que c'est quand même possible de faire un effort; de nous reconstruire.
Sauf que je ne veux pas nous forcer. Je ne veux pas nous pousser à faire des choses qu'on n'est pas prêtes à faire, je préfère nous laisser aller, mais si justement il ne se passait rien? Non, je ne sais pas quoi faire. Je ne veux pas qu'on s'éteigne et qu'on s'oublie, parce qu'on a tellement fait des choses merveilleuses ensemble. Je nous revois, toi, Marie-Jeanne, Leïla, Camille et moi, assises sur l'asphalte, attendant que le soleil se lève... Je n'oublierai jamais cette nuit-là. J'ai passé toutes ces heures à répéter que ça faisait terriblement Quatre filles et un jeans ( ce que tu corrigeais par « Cinq filles et un bol de pepperman assises à regarder passer le Métropolitain au loin » ), mais naintenant je me dis que c'était justement ça qui clochait. Tu le sais, je le sais, les films c'est du faux, de l'irréalisable, de l'impossible. C'est vrai qu'on était là, à 4h du matin, c'est vrai qu'on a été nous, et c'est tout ça qui clochait. On s'est fait des illusions sur le possible des choses. On n'est plus comme avant, tu le sais, je le sais, tout le monde le sait et c'est parfaitement normal, pas vrai? On change, on vieillit, on évolue, on mature, et on change encore et encore. La vie continue malgré tout, et nous, chacune de notre bord, on modèle notre vie sans l'autre. Je ne veux pas d'une vie sans toi. Tu es trop importante, trop unique, trop précieuse à mes yeux pour que je puisse me permettre de te perdre à cause de conneries, de passes trop difficiles. On voudrait rendre la vie la plus simple possible, je ne suis pas d'accord; moi, je veux juste la rendre la meilleure possible. Et ma vie, sans toi, c'est vraiment plate. Je m'ennuie de nous. Je reveux ce qu'on a été autrefois, comme les deux doigts d'orteil d'Émilie, soudées ensemble à la vie, à la mort.

Depuis quelques temps, je n'ose plus t'appeller, de peur que tu sois occupée, indisponible ou toutes excuses possible pour dire que tu ne veux pas me parler.
Laurence, je t'en prie, si tu veux faire un effort avec moi, travailler sur nous, tu sais composer mon numéro de la main droite et les yeux fermés, il faut qu'on parle. ( Et pas des fesses et des yeux bleus du beau Charles-Antoine )


Regardes ce qu'on a été.

3 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est drôle que t'écrives ça - enfin, pas DRÔLE. mais genre, circonstenciel -
Je pensais à tout ça dans mon lit, tantôt, en écoutant A Rush of blood to the head - chanson de déprime par excellence -, et je me sens mal de ne pas t'avoir appellée cette semaine. Alors je l'ai fait, je t'ai appellée, et maintenant je vois ce message. J'ai l'impression qu'on traîne ce truc depuis tellement longtemps. «Ce truc». C'est quoi au juste? On s'éloigne, comme si on s'effaçait tranquillement de nos vies respectives.
Et maintenant j'écoute de la musique que tu n'aimes pas parce que je ne sais même plus ce que tu aimes.

Tu sais, je suis là, et si tu as quelque chose à me dire, dis moi le, parce que je ne peux plus deviner, et je n'en peux plus des silences.
Je n'en peux plus d'avoir l'impression qu'on se perd. Bon sang, pourtant je t'aime, tu sais.
Et puis j'aime bien l'idée de cette nuit, à ma fête, j'aime bien croire que tout reste en suspens et qu'on peux vivre heureux. De rester assises comme ça et d'être juste bien ensemble, avec nos certitudes et nos peurs, nos joies et nos peines.

jeanne a dit…

Oh je ne déteste pas Bright Eyes. C'est juste que le beat ressemblait à Taking Back Sunday.
Cette conversation était terriblement tendue. Je ramenais tout le temps le sujet à nous. À ces appels inexistants. À ces commentaires disparus. Je vois que tu as compris mon ' message subliminal '...

Je m'excuse pour hier, j'était vraiment incapable d'en parler, de parler tout court. La vie nous réserve des surprises auxquelles ont ne s'attend pas et dont on croit qu'on se passerait bien...
On s'efface, je crois qu'on peut se redessiner. Moi aussi je t'aime, je t'adore. J'en peux plus d'être loin. Je veux m'acheter un avion, un train, une auto, je veux m'acheter une vie avec tous ceux que j'aime ENSEMBLE. J'suis plus capable d'être déchirée en deux.
Je suis désolée, désolée de n'avoir rien pu te dire. Je crois qu'il n'y a rien à dire.

Anonyme a dit…

Beuh, je suis malade - pour faire changement -_-
Alors bon, j'écoute Jimmy Eat World et je t'envoie un mail au lieu de terminer mon projet de tic.